L’expulsion de la France du Sahel constitue un retournement géopolitique. Il s’inscrit dans un mouvement de redistribution des influences en Afrique, dans le contexte des recompositions à l’œuvre depuis le début de la guerre russo-ukrainienne. Indubitablement, la nouvelle guerre froide redonne un poids stratégique au continent, du fait de la compétition entre puissances – grandes mais aussi moyennes – pour ses ressources naturelles, ses marchés, ses bases militaires, ses votes dans les enceintes onusiennes. Et en dépit de son dédain apparent pour l’Afrique, l’administration Trump y poursuit l’ambition états-unienne de contrer la Chine dans le domaine des minerais stratégiques.
Si cette nouvelle configuration rend des espaces de souveraineté aux États, qu’en est-il de la capacité du continent à formuler un point de vue africain pour peser sur les grands enjeux mondiaux, en matière de sécurité collective, de changement climatique ou d’ordre économique ? Elle progresse globalement quoique de manière très inégale, du fait de la pesanteur des hiérarchies internationales comme du déficit de coordination entre diplomaties, y compris dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Ces difficultés reflètent les blocages dans la marche vers l’intégration politique de la région. Destinée à mettre en œuvre le vieux projet panafricain, l’Union africaine a les plus grandes peines à imposer un cadre collectif à ses membres, en témoigne son impuissance face à la crise qui ravage l’Est du Congo.
* Illustration de couverture: 2nd Russia-Africa Summit July 2023 GCIS GovernmentZA
Recensions :
Monde Diplomatique, novembre 2025