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Congo (Brazzaville)

Les impacts environnemenaux et socioéconomiques de la production d’énergie « verte »

Eni est l’une des dix premières entreprises énergétiques au monde et la compagnie pétrolière italienne affiche actuellement la plus grande présence en Afrique. Elle est même la compagnie pétrolière et gazière la plus « durable » au monde d’après l’indice Dow Jones. En septembre, au Forum du Leadership des Nations unies sur les changements climatiques à New York, son PDG Paolo Scaroni a annoncé : « L’époque où nous pouvions nous permettre de considérer le pétrole comme un intrant bon marché à la croissance économique et sociale, sans tenir compte de son impact sur l’environnement et sur les générations à venir, est révolue ».

Pourtant, l’empressement d ‘Eni à présenter sa candidature à être un acteur « du développement durable » dans des forums internationales siège mal avec son nouvel investissement de plusieurs milliards de dollars dans le développement des sables bitumineux et de l’huile de palme pour l’alimentation, du bio-diesel au République du Congo (Brazzaville), petit pays d’Afrique centrale.

Selon des organisations congolaises de défense des droits de l’Homme et leurs partenaires internationaux, les projets de la compagnie risquent d’entraîner des dommages irréversibles à l ‘environnement et aux populations sur le plan local et mondial, vu le contexte du Congo et l’expérience de ce genre d’investissement à échelle mondiale.

Le projet de sables bitumineux serait le premier en Afrique, et celui des agro-carburants, qui s’étendrait sur 70 000 hectares de terres « non cultivées »., l’un des plus importants du continent.

Les sables bitumineux représentent l’un des carburants les plus « sales » de la planète en termes d’empreinte carbone. La production des sables bitumineux est nettement plus onéreuse que celle du pétrole conventionnel et l’extraction du bitume des sables bitumineux et sa transformation en pétrole brut synthétique utilisent de grandes quantités d’énergie et d’eau. Un baril de pétrole issu de sable bitumineux émet trois à cinq fois plus de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel. En Alberta, au Canada, les sables bitumineux ont provoqué pollution, épuisement des ressources d’eau et impacts négatifs sur la santé des communautés, ci-inclus un taux de cancer élevé dans des communautés autochtones vivant en aval des mines des sables bitumineux de l’A lberta, ainsi que la destruction de la forêt boréale. Les Canadiens ont maintenant le bilan carbone le plus important de tous les citoyens du G8 et est de plus en plus critiqué pour avoir gêné les négociations internationales sur le changement climatique. De nombreux citoyens, ONG et scientifiques appellent à un arrêt de tous les nouveaux projets de sables bitumineux au Canada.

La déforestation est responsable d’environ 20 % des émissions de gaz a effet de serre mondiales et elle est en partie imputable à la hausse des investissements dans les plantations industrielles d’agro- ou de biocarburants. Les objectifs d’utilisation des agro-carburants introduits par les gouvernements nationaux et l’Union européenne ont intensifié cette tendance. En remplaçant les forêts tropicales et autres écosystèmes, les plantations de monoculture entraînent une grave déforestation et une perte de biodiversité. Les changements dans l’utilisation des terres liés aux agro-carburants entraînent également une augmentation de l’insécurité alimentaire, des conflits fonciers, des atteintes aux droits de l’homme et des menaces sur les groupes autochtones.

La sensibilité écologique du Congo, et le déficit notoire de gouvernance dans le pays, fait que ces investissements sont intrinsèquement à haut risque. Les forêts couvrent les deux tiers du Congo et la forêt du Bassin du Congo est à la fois une ressource majeure pour les populations locales et un gigantesque puits de carbone qui joue un rôle de plus en plus vital dans la protection de notre climat. Toutefois, le Congo affiche des performances extrêmement médiocres en matière de protection environnementale et de droits de l’homme ainsi que de gestion transparente de ses ressources naturelles. Malgré des décennies d’exploitation de la richesse pétrolière, le pays affiche de très faibles niveaux de développement humain, et des niveaux élevés de répression et de corruption À l’heure actuel le, aucune réglementation environnementale n’y est en vigueur. Les communautés locales se sont plaint depuis des années à l’égard des activités pétrolières actuelles des compagnies et de leurs impacts, tels les impacts sanitaires du niveau hautement élevé de torchage de gaz et à l’égard du manque de réponse et des compagnies et du gouvernement a leurs préoccupations.

ENI annonce qu’aucun de ses investissements ne sera effectué dans des zones de forêts tropicales ou de forte biodiversité et n’impliquera de déplacements de population. Néanmoins, un rapport interne d’Eni révèle que, d’après les propres estimations d’ENI, la zone sélectionnée pour l’exploitation des sables bitumineux est composée de 50 à 70% de forêt tropicale et d’autres zones très fragiles sur le plan environnemental. Il est difficile de déterminer le niveau précis des impacts sur les ressources énergétiques et hydriques du pays que l’on pourrait attendre d’un tel développement, étant donné que les détails techniques de la méthode susceptible d’être utilisée par Eni pour extraire et valoriser les ressources du Bassin du C ongo sont encore inconnues. Les mêmes incertitudes existent sur les impacts de la plantation du palmier à huile dont la localisation exacte n’est pas connue.

Aucun des accords signés entre Eni et le gouvernement congolais sont accessibles au public, alors que les recherches menées par des organisations congolaises de droits humains ont révélé que le public est en grande partie méconnaissant des investissements. Eni et le gouvernement ne se sont pas engagés de façon sérieuse avec les communautés locales pour discuter des impacts sociaux et environnementaux potentiels. Ainsi, la compagnie agit en contradiction avec ses propres politiques environnementales et de droits humains, et le gouvernement contrevient à son devoir de protéger ses citoyens.

Cet investissement met en question les prétentions d’Eni et du gouvernement congolais à la promotion du développement durable au Congo. Le gouvernement italien est l’actionnaire de référence d’Eni et a donc la responsabilité de veiller à ce que tout investissement de la société prenne en compte les impacts potentiels sur le développement, l’environnement et les droits humains. Les groupes de société civile congolais et internationaux veulent mettre un terme aux projets de sables bitumineux et de l’huile de palme et demandent qu’Eni révise ses processus de gestion environnementale et son engagement communautaire au Congo.

Ce projet soulève également la plus grande question des coûts réels de la poursuite des projets énergétiques à forte intensité carbonique dans les pays du sud avec un minimum de transparence et de protection de l’environnement et des droits humains. La question devient encore plus importante vu la nécessité de maîtriser le changement climatique débridé. Au fur et à mesure que les réserves de pétrole s’épuisent, il y aura intérêt à développer des ressources pétrolières non-conventionnelles—en grande partie situées dans le sud—et dans les soi-disant « renouvelables » tel les bio-carburants de monoculture. Comme dans le cas du projet d’Eni dans le Congo, de tels investissements devraient être contestés en raison de leur potentiel de causer des dommages irréversibles à l’environnement et aux communautés locales et à notre climat.

Energy Futures ? Eni’s investments in tar sands and palm oil in the Congo Basin, November 2009, disponible en angalais http://www.boell.de/ecology/climate-energy-7775.html or www.foeeurope.org/corporates/Extractives/Energy_Futures_eng.pdf


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.

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