• Contact
  • Connexion

Les forces du progrès, une hydre insaisissable en RDC

Le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe a condamné le 8 août à Kinshasa, une quinzaine de prévenus à la peine capitale, dans le procès contre les Forces du progrès.

Les forces du progrès, une hydre insaisissable en RDC

L’article de DW, avec les analyses de François Polet (Congo (RDC) : reproduction des prédations).

Les Forces du progrès sont un mouvement affilié à L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel.

Ces personnes ont été jugées pour des infractions présumées de destruction méchante, coups et blessures, pillages, tentative de meurtre et rébellion, après l’incident qui a eu lieu le 03 août dans la commune de Ngaliema.

Ce n’est pas la première fois que ce mouvement de jeunes est pointé du doigt dans des faits de violence.

Gecko Beya arbore toujours un béret rouge. « C’est pour se souvenir de tous nos frères qui sont morts dans lutte pour la fondation d’un état de droit » explique l’un des trois pères fondateurs des forces du progrès.

Avec les événements qui ont eu lieu récemment impliquant cette structure affiliée au parti présidentiel, Gecko Beya dit ne plus vraiment appartenir au mouvement. Il en est juste le président honoraire et ne se reconnaît donc pas dans tout ce qu’il peut lire ou entendre à propos des membres des forces du progrès.

Un fonctionnement bien particulier

Comme les parlementaires debouts, les motocyclistes, les forces défensives et d’autres forces au sein de l’UDPS, le mouvement des Forces du progrès possède son propre mode de fonctionnement.

Pour Gecko Beya, il faut placer la genèse du mouvement en 2006 quand Joseph Kabila était au pouvoir. Des élections sont alors organisées mais l’UDPS, principal parti d’opposition n’y participera pas et décide de les boycotter.

A ce moment-là, tous les moyens légaux et sans violence armée sont bons pour faire partir Kabila.

Dix-huit ans plus tard, l’UDPS est au pouvoir et les forces du progrès ont aussi évolué.

« Le président m’avait demandé de ne plus gérer ce mouvement pour faire autre chose. Ces derniers temps, il a fait appel à moi, pour me dire que la force du progrès était en train de prendre une autre dimension, » explique-t-il à la DW.

« Il (le président, Ndlr) m’a demandé de tous les appeler et demander à ce qu’ils s’organisent parce qu’ils commençaient à œuvrer en autonomie. Il y avait aussi des jeunes gens qui quittaient le PPRD et qui venaient adhérer à la force du progrès juste pour nuire à son image. »

Forces de résistance ?

Christian Lumu est le vice -président national de la ligue des jeunes de l’UDPS.

En 2017, il a été élu secrétaire général des forces du progrès qu’il qualifie de force de résistance. Il ne se reconnaît pas dans les récents actes de violence imputés aux forces du progrès.

« La responsabilité pénale étant individuelle, nous exhortons les services compétents à imposer l’ordre public, mais aussi identifier les présumés criminels qui posent des actes de violence et de vandalisme sous casquette d’appartenir à une organisation affiliée à la ligue des jeunes », insiste Christian Lumu.

« Nous condamnons ces actes de violence. Le parti doit prendre les mesures qui s’imposent afin que l’ordre public soit garanti »

Instrumentalisation politique ?

La grande majorité des mouvements de jeunes en RDC finit par être instrumentalisée par les acteurs politiques, précise François Polet, auteur d’une thèse en sociologie sur les nouvelles formes de militantisme de la jeunesse en RDC.

Pour le docteur en sociologie, cette tendance est liée au fait qu’il est difficile pour un jeune congolais de se faire une place honorable dans la société en dehors de la sphère politique ou sans connexion politique.

« Dès le départ, les forces du progrès entendent traduire par eux même les mots d’ordre du président de l’UDPS, Etienne Tshisekedi puis Felix Tshisekedi en actions protestataires dans la rue. Ils n’hésitent pas non plus à exercer des intimidations physiques sur les cadres de l’UDPS qui a leur sens s’écartent des mots d’ordre présidentiel ou font montre d’un manque de loyauté vis à vis d’Etienne puis de Felix Tshisekedi, » estime François Polet.

« Certains cadres ont été passés à tabac par les combattants des forces du progrès. Au fil des ans, ce groupe à caractère politique va progressivement marchander sa force de frappe physique auprès des cadres de l’ UDPS dans le cadre des luttes de pouvoir internes au parti », ajoute-t-il.

Cités dans des faits de violence

Maitre Jean Claude Katende, défenseur des droits de l’Homme rappelle les évènements de 2023 pendant la période électorale.

A l’époque, les forces du progrès ont été citées pour des faits d’agression contre des militants des partis de l’opposition.

« Ils ont été cités dans beaucoup de situations compromettantes lors des élections de 2023. Mais aussi quand vous allez dans les environs de la septième rue à Limete, il y a beaucoup de cas qui sont signalés, des personnes qui ont été agressées, des motos qui ont été ravies. Et souvent ce sont les jeunes des forces du progrès qui sont cités, » déplore le défenseur des droits de l’Homme.

Le ministère public qui a requis la peine de mort contre tous les prévenus. S’agissant de l’attaque qui a eu lieu à la résidence de l’ancien président Joseph Kabila, le tribunal ne connaît pas cette attaque.

Voir en ligne Les forces du progrès, une hydre insaisissable en RDC

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.

Lire aussi ...

En RDC, les espoirs de paix s’amenuisent

24 juillet 2026

GRANDS LACS La mise en œuvre de l’accord de Washington, entre Kinshasa et Kigali, se heurte à de nombreuses difficultés. Dans le Nord et le Sud-Kivu, les combats ont repris. Les États-Unis sont impuissants et touchent aux limites d’une diplomatie inconséquente. Un article de Benjamin Köning (…)

Sud global, peuples et émancipation : une équation fragile

2 juin 2026

Le Transnational Institute (TNI) vient de publier « Vers un Bandung des peuples ». Ce texte analytique et programmatique appelle à créer un « Front du Sud global ». Ce programme participe d’une vision centrée sur l’État et fait apparaître l’un des principaux clivages qui traverse les lectures (…)

RDC - Rwanda : « Le pari de Tshisekedi d’impliquer les États-Unis semble gagnant »

18 décembre 2025

Benjamin König s’entretient avec François Polet du CETRI dans l’Humanité du 17 décembre 2025. Malgré un accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, ainsi que des négociations au Qatar avec la rébellion de l’AFC-M23, cette dernière poursuit ses opérations militaires (…)

RDC : après le pillage rwandais, la prédation américaine ?

15 décembre 2025

« Deal » imposé à l’Ukraine, forçant des investissements miniers américains sous menace de livrer le pays à l’invasion russe. « Deal » imposé à l’Union européenne, contraignant le Vieux continent à des droits de douane asymétriques et des achats d’armes américaines, sous menace d’un (…)

Tshisekedi et Kagame à Washington : une paix de dupes ?

4 décembre 2025

Un entretien de François Polet (CETRI) avec Frédéric Rochart (L’Echo) avant la rencontre de Félix Tshisekedi et Paul Kagame avec le président américain Donald Trump, publié dans L’Echo du mercredi 3 décembre 2025. « Il y a une volonté, du côté américain, de relancer le processus de paix, et (…)

« Au Maroc comme ailleurs, il y a le rejet d’une élite gouvernante corrompue »

13 octobre 2025

De l’Indonésie au Maroc, du Népal à Madagascar, les 15-25 ans clament dans les rues leur rejet des privilèges de corrompus qui ravagent leur présent et volent leur avenir. Décodage avec Frédéric Thomas, docteur en science politique (CETRI). Entretien avec Frédéric Thomas (CETRI) mené par (…)

Panamá est l’épicentre de la lutte en Amérique latine

16 juin 2025

Un petit pays de 4,2 millions d’habitant·es montre à l’Amérique latine et au monde qu’il est possible d’affronter les intérêts du capital financier et des fonds vautours dans la troisième décennie du 21e siècle. Il y a quelques jours, le sang d’un jeune indigène de douze ans, grièvement blessé (…)

Syrie : « Assad est tombé, mais la révolution n’a pas gagné »

19 mai 2025

La révolution syrienne a-t-elle triomphé avec la chute du régime d’Assad ? Ce à quoi nous assistons depuis décembre 2024 est-il une révolution réussie, même si le chemin a été long et tortueux ? Cette question revêt une importance conceptuelle, car elle exige une compréhension approfondie des (…)

« La question foncière est la cause historique des tensions en RDC »

27 février 2025

La guerre qui fait rage dans l’est de la République démocratique du Congo depuis plusieurs années connaît une nouvelle étape ces derniers mois. Le chercheur François Polet (CETRI, qui a coordonné Congo (RDC) : reproduction des prédations, dont les auteurs sont originaires du pays) analyse les (…)

RD Congo : les diplomates au chevet du conflit

11 février 2025

Alors que le M23, soutenu par le Rwanda, poursuit son offensive militaire dans l’Est du pays, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU lance une enquête sur les exactions commises dans la région. Décryptage avec François Polet (CETRI, Congo (RDC) : reproduction des prédations) sur TV5 Monde.

RDC - Rwanda : une guerre régionale est-elle à craindre ?

4 février 2025

Dans le Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, Goma est désormais contrôlée par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda qui tentent de rassurer la population. Kinshasa accuse le Rwanda de lui « déclarer la guerre ». Une régionalisation du conflit est-elle à craindre ? À (…)

Les menaces qui pèsent sur une Syrie démocratique et progressiste

14 janvier 2025

Les classes populaires syriennes doivent s’organiser pour satisfaire les aspirations initiales de la révolution syrienne. Peut-on reproduire en Syrie le modèle du coup d’État égyptien ? L’ancien régime et ce qu’il en reste sont-ils la principale menace pour la Syrie ? Ou est-ce que la (…)