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Haïti, entre l’ONU et le choléra ?

Le 18 août 2016, pour la première fois, l’ONU a reconnu être impliquée dans l’émergence du choléra en Haïti. Elle rompt ainsi avec des années de déni. Pour autant, la position de l’institution internationale demeure contradictoire, loin en-deçà des attentes des Haïtiens.

L’ONU «  a acquis la conviction qu’il est nécessaire de faire beaucoup plus en ce qui concerne sa propre implication dans le foyer initial et les souffrances des personnes touchées par le choléra  ». Cette petite phrase, sortie de la bouche de Farhan Haq, le porte-parole adjoint de l’ONU, marque, après six ans de déni, une inflexion dans la diplomatie des Nations unies.

Retour sur les faits. Mi-octobre 2010, neuf mois seulement après le tremblement de terre qui a ravagé le pays, sont confirmés les premiers cas de choléra en Haïti. Six ans plus tard, plus de 9.000 personnes en sont mortes, plus de 780.000 cas ont été recensés. Très vite, plusieurs rapports scientifiques nationaux et internationaux mettent en cause les casques bleus népalais dans l’apparition du choléra. Mais l’institution internationale avait jusqu’à présent nié sa responsabilité, affirmant qu’il était impossible de déterminer formellement et exactement l’origine de l’épidémie.

Limites et contradictions

Cette avancée ne correspond pas pour autant à un mea culpa et encore moins à une volonté de rendre justice. En effet, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, s’est empressé de réaffirmer le principe de l’immunité de l’institution internationale et a, une nouvelle fois, rejeté la demande d’indemnisation des familles victimes de l’épidémie. « Moralement déraisonnable, légalement indéfendable, et politiquement contre-productive » ; Philip Alston, le Rapporteur spécial pour l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits humains en Haïti, n’y va pas par quatre chemins pour qualifier la politique de l’institution internationale.

L’ONU a systématiquement évacué la question de la responsabilité de l’introduction du choléra. Celle-ci a plutôt accusé l’état de sous-développement du pays, opposé le caractère passéiste de la culpabilisation, d’un côté, au volontarisme tourné vers l’avenir, de l’autre. De la sorte, l’ONU normalisait la logique de la plupart des acteurs de l’aide internationale ; logique propre à un mode de pensée et de fonctionnement néocolonial, qui distribue les causes et les effets, hiérarchise les fautes et les faits.

Une responsabilité inégalement partagée ?

Dans un article de 2013, « La peste et le choléra », l’ex-directeur de Médecins sans frontières France (MSF), Rony Brauman évoque la «  responsabilité partagée » de l’État haïtien et de l’ONU dans l’émergence du choléra, en mettant toutefois l’accent sur la société privée haïtienne en charge de l’évacuation des déchets et excreta des bases militaires de l’ONU. Cette société n’aurait pas suivi la procédure et a évacué les fosses septiques à la rivière, provoquant ainsi une contamination rapide et étendue.

Dès lors, l’insistance des intellectuels haïtiens à critiquer les effets pervers de l’aide internationale escamoterait la réalité de « la faillite des élites haïtiennes et leur responsabilité primordiale dans la situation de leur pays ». Le mot de la fin est le fin mot de l’article : « Le choléra, métaphore par excellence des maux de la société haïtienne, ne trouvera pas son remède dans une mise en accusation de l’aide internationale ».

Le refus a priori de remettre radicalement en question l’aide internationale va de pair avec la condamnation première de la faillite des élites du Sud (quand ce n’est pas directement l’échec de tout un peuple). Certes, il y a bien une responsabilité de la classe au pouvoir en Haïti ; double responsabilité même, en ayant jamais mis en place une réelle politique publique de santé, en refusant de porter l’affaire en justice et de mettre l’ONU devant ses responsabilités. Cependant, au vu du rapport de force, la principale responsabilité n’incombe-t-elle pas à l’acteur ayant le plus de pouvoir ; en l’occurrence l’ONU ?

Par ailleurs, notre rôle à nous, Occidentaux, n’est-il pas d’abord et avant tout de développer une étude critique de « nos » politiques et institutions (les maux des sociétés occidentales), afin de les changer ? Enfin, le choléra en Haïti n’est-il pas plutôt la « métaphore par excellence » des inégalités, de la dépendance et de l’aide internationale ?

Rendre justice

Selon Renaud Piarroux, en charge du premier rapport scientifique mettant en cause les casques bleus népalais, le choléra en Haïti est «  l’épidémie la plus importante à laquelle le monde a dû faire face au cours des dernières décennies ». Or, la réponse actuelle, tant nationale qu’internationale, n’est pas à la hauteur. Il est ironique que les deux principaux acteurs de la Reconstruction – l’ONU et l’État haïtien – soient aussi les premiers responsables, et qu’ils partagent un même mépris du peuple et déni de responsabilité.

Six ans plus tard, les Haïtiens attendent toujours réparation et justice. Aujourd’hui, le remède est donc moins épidémiologique que politique. C’est d’ailleurs la conclusion du dernier rapport rédigé par Renaud Piarroux et Stanislas Rebaudet : « L’épidémie de choléra en Haïti a maintenant été étudiée sous tous ses angles, on en connaît les circonstances de survenue, les modes de propagations, les principales zones vulnérables et les activités qu’il faudrait mettre en œuvre pour la stopper définitivement. Ce qui manque pour gagner cette bataille est essentiel : des financements conséquents et pérennes, une mobilisation des acteurs à tous les niveaux et une volonté politique d’en finir avec ce désastre ».

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Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.

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